Ein Klassiker, neu erzählt

giovedì 19 marzo 2026

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Deux Rotariens, un mythe : Peter Egli et Vic Jacob comptent parmi les figures marquantes derrière le Suvretta House à St. Moritz. L’un dirige depuis douze ans ce grand hôtel emblématique aux côtés de son épouse Esther, l’autre siège au conseil d’administration. Entretien sur l’art de l’hospitalité, le sens de la tradition et la manière de faire entrer une maison chargée d’histoire dans l’avenir.

Un matin d’hiver à St. Moritz. Devant les fenêtres du Suvretta House, l’Engadine s’étend dans une lumière limpide, l’air si pur que le souffle semble presque se cristalliser. Dans le hall, le feu de cheminée crépite doucement, tandis qu’un serveur apporte le thé avec une précision presque silencieuse, versé d’une théière en argent. C’est ce mélange de calme et d’ouverture sur le monde qui façonne la maison depuis plus de 114 ans.

Entretien avec Peter Egli

Le Suvretta House vit selon son propre rythme. À quoi reconnaissez-vous qu’une saison est particulièrement réussie ?
Lorsque nos hôtes réservent déjà leur séjour pour l’année suivante pendant qu’ils sont encore chez nous, tout en accueillant de nombreux nouveaux visiteurs, ce sont là des signes très positifs – fidèles à notre devise : « the alpine hideaway for generations to come since 1912 ». Et notre boulanger s’en rend aussi compte lorsqu’il doit acheter davantage de farine : il prépare chaque jour plus de 50 variétés de pains et de pâtisseries dans notre boulangerie interne.

Au Suvretta House, des univers très différents se rencontrent. Quelles rencontres vous ont particulièrement marqué ?
Ce qui nous touche toujours, mon épouse et moi, ce sont ces moments où des hôtes nous montrent des photos de leurs arrière-grands-parents, venus chez nous dans les années 1920 pour skier ou randonner. Il y a quelque chose de très précieux à compter des habitués – et à voir, année après année, de nouveaux hôtes devenir eux aussi des fidèles.

La discrétion est l’une des qualités les plus silencieuses mais aussi les plus précieuses de votre maison. Comment la préserver dans un monde de plus en plus public ?
Nous vivons cette philosophie avec toute notre équipe et ne divulguons jamais les noms des personnalités qui séjournent chez nous. Les réseaux sociaux et le partage d’images prennent une place croissante dans notre société. Notre approche consiste à les utiliser avec authenticité et discernement. Nous avons défini des règles claires concernant la prise de photos et leur diffusion au Suvretta House, que nous communiquons de manière transparente sur notre site internet.

La tradition a du poids, mais peut aussi devenir une contrainte. Comment savez-vous qu’il est temps d’évoluer ?
Dans une époque marquée par la rapidité, entretenir les traditions est essentiel. Elles sont garantes de constance et de qualité, et influencent profondément l’atmosphère d’un lieu. Lorsque nous avons repris la direction il y a douze ans, un dress code imposait encore aux hommes de porter une veste après 19 heures dans le hall et au Anton’s Bar. Nous l’avons assoupli vers un style plus casual, afin de permettre à nos hôtes de profiter d’un dîner plus décontracté. Cette évolution a été très bien accueillie.

Aujourd’hui, le luxe est moins un objet qu’un sentiment. Quelles formes de luxe gagnent en importance ? Lesquelles en perdent ?
Le luxe se définit désormais par le temps partagé avec ses proches, les voyages spontanés et les expériences durables. Les espaces généreux, les matériaux de qualité, les vues splendides et le calme en font également partie. Autant d’éléments que le Suvretta House peut offrir.

Une maison comme le Suvretta repose sur une signature forte. Quels éléments sont pour vous non négociables ?
Certaines traditions font partie de l’ADN du lieu. Au Grand Restaurant, le « Suvretta House Dresscode » est toujours en vigueur : les gentlemen portent costume et cravate, les dames s’habillent avec élégance. Cela contribue à l’atmosphère de l’un des plus beaux restaurants au monde. Tant qu’Hermès fabriquera des cravates, nous préserverons cette culture.

De quoi une équipe a-t-elle besoin pour maintenir un niveau d’excellence sur toute une saison ?
« We are one family » – c’est ainsi que nous vivons notre quotidien avec l’ensemble de nos collaborateurs. De là naissent confiance, état d’esprit positif et respect mutuel, qui se reflètent naturellement dans l’expérience de nos hôtes.

À St. Moritz, cosmopolitisme, sport et tradition se rencontrent. Quel impact cela a-t-il sur votre rôle d’hôte ?
St. Moritz est le berceau du tourisme hivernal et un concentré d’unicités. Les paysages de montagne et de lacs de l’Engadine ont toujours attiré intellectuels, artistes et esprits libres. Un exemple récent est « The I.C.E. – The International Concours of Elegance » sur le lac gelé. Nulle part ailleurs on ne voit de telles voitures de collection réunies sur un lac glacé. À cette occasion, nous avons créé la Koenigsegg Ice Bar au Suvretta House, où des supercars peuvent être admirées tout en dégustant des boissons servies par des patineurs.

Chacun connaît un moment où le sens de son travail devient tangible. Quand avez-vous vécu cela pour la dernière fois ?
La transformation du nouveau Suvretta Spa a été un moment fort. Lors des travaux, des éléments datant de l’époque fondatrice ont été mis au jour, ainsi que 25 blocs de pierre pesant jusqu’à cinq tonnes. Nous les avons intégrés avec soin dans le spa et son jardin. Ils invitent à découvrir un héritage millénaire d’une beauté et d’une force extraordinaires.

En regardant vers l’avenir, quelle question vous occupe le plus ?
Depuis sa fondation en 1912, le Suvretta House appartient à la famille Candrian-Bon. Les valeurs qui ont façonné la maison constituent aussi les piliers de son avenir. Sa situation exceptionnelle, au cœur des forêts d’aroles et avec un accès direct au domaine de Corviglia, est unique. Par des investissements continus, nous préservons l’existant tout en l’inscrivant dans la modernité.

Avec Reto Candrian comme président du conseil d’administration et Martin Candrian comme Honorary Chairman, deux autres Rotariens assument des responsabilités clés. Ressent-on, dans une maison, des valeurs vécues comme la fiabilité et la continuité ?
En tant que direction, il nous appartient de faire vivre ces valeurs au quotidien et de les transmettre à nos équipes. Le fait que le Suvretta House soit toujours entre les mains de la famille fondatrice est remarquable. L’influence de Reto Candrian et de Martin Candrian sur la stratégie est tangible – et constitue un élément distinctif essentiel.


À propos

Rot. Vic Jacob (né en 1949) a dirigé le Suvretta House avec son épouse Helen de 1989 à 2014, accompagnant l’hôtel dans une phase de développement majeur. Depuis sa retraite, il reste vice-président du conseil d’administration de la société Suvretta-Haus SA.

Rot. Peter Egli (né en 1968) dirige depuis le 1er mai 2014, avec son épouse Esther, les opérations du Suvretta House. En tant que General Manager, ils pilotent ce grand hôtel historique avec un accent clair sur la qualité, la continuité et une modernisation mesurée. Formé comme hôtelier-restaurateur, il a notamment dirigé pendant dix ans le Whatley Manor Hotel & Spa en Angleterre et occupé auparavant des fonctions de direction au Grand Resort Bad Ragaz.

Tous deux sont membres du Rotary Club de St. Moritz et étroitement liés à l’Engadine depuis de nombreuses années.


Rot. Peter Egli avec son épouse Esther